La peinture de Mounira Mohamed

Heike Fiedler, autrice, poétesse, Genève, in catalogue de l’exposition Pluri-Elles, 2014

Les tableaux de Mounira Mohamed sont uniques, tout aussi uniques que chacune des femmes représentées sur ses douze toiles, peintures à l’huile. L’œil capte immédiatement la force qui habite les tableaux : couleurs vives appliquées en couches qui s’entremêlent gracieusement, tout comme ces vingt-cinq femmes forment un ensemble, une complicité sans équivoque. 

Et que l’on ne se trompe pas : leur position majoritairement assise n’est guère l’image d’une quelconque passivité, ni leurs bras croisés ou en position de repos ne sont signe d’abandon. Au contraire, chaque tableau vibre grâce à la dynamique des traits de pinceaux qui mettent notre regard en mouvement. Dans cet espace en entre-deux, entre repos et mouvement, résident le calme et la sérénité. Ainsi, chacune d’elles semble être dans une attitude d’attente, de préparation pour des actions à venir. Ce n’est pas par hasard, si le jeu de lumière illumine les bras et les mains, nos outils par excellence pour agir concrètement. C’est ici que se révèle la force des tableaux de Mounira Mohamed : la composition de l’espace et le mouvement des couleurs nous fait deviner un ailleurs affirmé. Portraits de femmes en tant que « devenir femme », pour le dire avec le philosophe Gilles Deleuze. 

Oui, c’est vrai, parfois, on croise des yeux tristes, une attitude mélancolique, oui. Pour autant, aucune d’elles ne s’efface jamais, elles occupent sans exception la totalité de l’espace, ce qui leur procure une présence infaillible. Insérée dans cette pluralité de vies possibles, nues, vêtues, plus jeunes ou plus âgées, elles nous rappellent l’autre, les autres femmes qui réaliseront, ensemble, le grand mouvement à venir. Les couleurs joyeuses agissent comme un environnement de soutien, de support. Les tableaux invitent presque à danser, sur fond d’un rythme qui nous immerge de cette polyphonie d’images, expressions de liberté.

La Tunisie respire dans chaque tableau, on pense aussi aux couleurs de Rothko ou de Sonja Delaunay, quoi qu’il soit difficile de trouver un équivalent à l’œuvre de Mounira Mohamed, imprégnée avant tout par l’expérience de l’interculturalité. Cette expérience indispensable pour la construction d’un avenir plus harmonieux et paisible.